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Allocution de présentation du Rapport des Co-Présidents à Son Excellence Monsieur le Président de la République.

Conakry, le 29 Juin 2016.

A lire In Extenso

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 Excellence Monsieur le Président de la République,

Excellence Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,

Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines,

Monsieur le Haut Représentant du Président de la République,

Monsieur le Chef de fil de l’Opposition

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement

Mesdames et Messieurs les Ministres Conseillers, Membres du Cabinet Présidentiel

Honorables Députés

Excellence Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Institutions Internationales Accrédités en Guinée

Messieurs les Officiers Supérieurs des Forces de défense et de Sécurité en vos grades respectifs,

Mesdames et Messieurs les Hauts Cadres de l’Administration en vos qualités et grades respectifs,

Distinguées Autorités religieuses,

Distingués Invités, Mesdames et Messieurs,

Tout protocole respectueusement observé,

Ce jour 29 juin 2016 est un jour solennel pour mon collègue El Hadj Mamadou Saliou CAMARA et moi-même, Co-Présidents de la Commission Provisoire de Réflexion sur la Réconciliation Nationale (CPRN).

En effet, ce 29 juin revêt pour nous une importance capitale dans la mesure où il est l’aboutissement de cinq années de réflexions sur les modalités de réalisation de la réconciliation nationale dans notre pays la Guinée.

Mesdames, Messieurs,

 L’histoire de la CPRN peut être facilement assimilable à celle du bambou chinois dont parle Paulo Coelho, Conseiller spécial pour le dialogue interculturel et les convergences spirituelles auprès de l’Unesco,  dans son ouvrage Aleph. Ce bambou passe les cinq premières années de sa vie à pousser sous terre pour développer de fortes racines, et ensuite, tout à coup, il sort de terre et prend 25 mètres d’un coup !

Oui, pendant cinq ans, nous nous sommes formés dans le domaine de la justice transitionnelle dont l’objectif ultime est la réconciliation nationale. Nous avons effectué des voyages d’étude pour acquérir des expériences d’autres pays qui ont expérimenté les processus de réconciliation nationale. Nous avons sillonné toutes les préfectures pour expliquer notre mission. Nous avons écouté les guinéens et guinéennes et sommes arrivés aujourd’hui à la conclusion que  notre pays ne peut prospérer en faisant fi de son passé qui n’a pas été que glorieux.

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

 

En août 2011, en acceptant la mission que vous nous aviez confiée, nous n’avions le Grand Imam et Moi-même mesuré l’immensité et la complexité de la tâche. C’est en commençant le travail, que nous nous sommes rendus compte que les contentieux des violations des droits de l’homme du passé ont un impact considérable sur notre volonté de vivre ensemble, dans une nation unie autour des valeurs qui cimentent les relations entre les différentes composantes de notre pays.

 

Pendant cinq ans, nous avons été taraudés par bien des questions après avoir écouté les guinéens et les guinéennes.  Comment pouvons-nous construire ce pays si chacun d’entre nous a son interprétation de l’histoire ? Comment pouvons-nous créer un avenir de paix si nos identités différentielles doivent être instrumentalisées à des fins politiques ? Comment pouvons-nous éviter la répétition des violences inouïes qui ont endeuillé notre peuple si nous n’avons pas de mémoire ? Comment pouvons-nous recréer le contrat de protection entre les citoyens et l’Etat si la justice ne nous inspire pas confiance et si le citoyen ne se sent pas suffisamment protégé par ses forces de sécurité ainsi que par son administration ?

 

Ne nous leurrons pas.  La Guinée a besoin de vérité, de justice, de réparations et de réformes institutionnelles profondes pour assurer un développement serein au service des générations futures.

 

Aussi, se fondant sur la Déclaration d’engagement mutuel entre la Guinée et la Commission de Consolidation de la Paix des Nations Unies, la CPRN a-t-elle développé un partenariat solide avec les principales Agences des Nations Unies, impliquées dans les questions de consolidation de la paix et avec la Fondation Open Society for West Africa (OSIWA), pour mener de larges consultations nationales qui ont été officiellement lancées le 25 mars 2015, suite aux derniers réglages administratifs et logistiques opérés en 2014, relativement au recrutement et à la formation du personnel, à l’installation des Antennes Régionales et à la désignation des Points Focaux Préfectoraux et Communaux.

 

Afin d’obtenir l’adhésion et l’accompagnement les plus efficaces possibles des différents acteurs, partie prenante au processus, de nombreuses sessions d’information, de sensibilisation et/ou de mobilisation sociale ont été organisées tant à Conakry que dans les sept Régions Administratives, en direction du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale, des Leaders religieux et traditionnels, des forces de défense et de sécurité, des acteurs politiques, des médias, des organisations de la société civile, des organisations de défense des droits de l’homme, des associations de victimes, des syndicats et des partenaires techniques et financiers.

 

Pour nous faciliter la collecte des données,  deux Cabinets d’Experts Internationaux, Africa Label Group (ALG) et COMO CONSULT  ont été recrutés l’un pour mener des consultations qualitatives et quantitatives, l’autre pour évaluer l’impact de la transmission formelle et informelle des récits historiques sur le comportement des jeunes.

 

Animés du souci d’imprimer le label guinéen au processus, nous nous sommes attachés le service d’un Comité Consultatif constitué de personnes ressources de haute qualification (historiens, ethnologues, sociologues, juristes…), tous témoins de l’histoire du pays.    Ce comité a efficacement encadré les activités de la CPRN et les démarches des Cabinets d’Experts à travers des orientations sur trois thématiques essentielles à savoir:

 

 

– Les faits historiques de violence et conflits en Guinée et leur incidence sur la cohésion sociale.

– Le phénomène partisan et le fait ethnique en Guinée.

– Les efforts de réconciliation nationale précédemment menés et les mécanismes traditionnels de résolution des conflits.

 

Par ailleurs, sous notre direction, un Comité de Coordination et de Suivi, composé de membres issus de l’Assemblée nationale, de la société civile, des partenaires techniques et financiers ainsi que des départements ministériels clefs, a constamment veillé à l’orientation stratégique, programmatique et opérationnelle du processus de collecte, d’analyse et de traitement des données.

 

Excellence Monsieur le Président,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

 

La conduite de ces consultations nationales n’a pas été du tout aisée pour nous.

Si nous avons tenu bon, c’est grâce à votre confiance et votre soutien. Soyez en vivement remercié.

 

Oui, le chemin a été long et difficile. Nous avons fait face à des obstacles majeurs que nous ne pourrons passer sous silence. La mobilisation des ressources techniques et financières a duré presqu’une année. Lorsque nous étions prêts à effectuer des missions dans les différentes régions et préfectures, la fièvre Ebola a empêché la réalisation de toute activité de regroupement des populations et bien des experts n’étaient pas prêts à nous accompagner sur le terrain. Enfin, la récurrence des manifestations politiques dans le cadre de l’organisation des élections législatives d’une part et de l’élection présidentielle de 2015 d’autre part nous a amenée à changer constamment de planification.

 

C’est le lieu ici de remercier le Gouvernement, le Système des Nations Unies en l’occurrence le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’UNICEF, le PBF et la Fondation OSIWA,  pour leur contribution de qualité à la réussite de nos travaux.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Distingués invités,

Les consultations nationales ont permis de toucher plus de 9.000 de nos compatriotes y compris ceux de la diaspora.  Notre rapport de presque 300 pages vous donnera  un panorama complet des enjeux et défis liés au traitement du passé dans notre pays.  Les opérations ont permis de réaliser 4898 enquêtes quantitatives (soit 109% de nos prévisions), 732 interviews individuelles (soit 102% de nos prévisions), 104 focus groups (soit 97% de nos prévisions) et 56 rencontres communautaires (soit 102% de nos prévisions). Il en résulte que le taux de réalisation des enquêtes sur l’ensemble du territoire national a été globalement satisfaisant.

 

Ces résultats et les attentes des populations  nous ont conduits  aux conclusions et recommandations qui se présentent comme suit.

A suivre.