Alpha condeMise en place en 2011 et co-présidée par Mgr. Vincent Coulibaly et El Hadj Mamadou Saliou Camara, respectivement archevêque de Conakry et premier imam de la mosquée Fayçal, la Commission provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale (CPRN) a procédé, ce 29 juin, à la remise officielle du rapport des consultations nationales, au président de la République. Visant à recueillir les avis des Guinéennes et des Guinéens sur les mécanismes pour réussir la réconciliation nationale, ces consultations ont révélé l’attachement profond des Guinéens à la cohésion et à l’harmonie entre toutes les composantes socioculturelles du pays. Toutefois, tout le monde admet qu’un tel objectif ne sera atteint que lorsque le pays aura réussi à revisiter son passé avec objectivité et suivant une démarche dénuée de passion. Et comme il l’avait promis en marge d’un atelier de restitution récemment organisé à Conakry, Monseigneur Vincent Coulibaly a mis l’occasion de la cérémonie de ce mercredi à profit, pour délivrer à Alpha Condé un message de vérité, conformément aux résultats des consultations.  C’était en présence notamment du chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, de représentants d’institutions nationales et internationales et de plusieurs diplomates accrédités en Guinée.

Décrivant de manière synthétique la mission qui a été celle de son institution ainsi que les efforts consentis pour son succès, Mgr. Vincent Coulibaly s’est ainsi directement adressé au président de la République :

Pendant cinq ans, nous nous sommes formés dans le domaine de la justice dont l’objectif ultime est la réconciliation nationale. Nous avons effectué des voyages d’études pour acquérir des expériences d’autres pays qui ont expérimenté les processus de réconciliation nationale. Nous avons écouté les guinéennes et guinéens et sommes arrivés aujourd’hui à la conclusion que notre pays ne peut prospérer en faisant fi de son passé qui n’a pas été que glorieux. En acceptant cette mission que  vous nous aviez confié, le Grand Imam de la Mosquée Fayçal et moi-même, nous avons mesuré l’immensité et la complexité de la tâche. En commençant le travail, nous nous sommes rendu compte que les contentieux des violations des droits de l’homme du passé ont un impact considérable sur notre volonté de vivre ensemble, dans une nation autour des valeurs qui cimentent les relations entre les différentes composantes de notre pays.   Ne nous leurrons pas. La Guinée a besoin de vérité, de justice, de réparation et de reformes institutionnelles profondes pour assurer un développement serein au service des générations futures

En réponse, le président Alpha Condé a admis la nécessité de la réconciliation. Mais il a tenu à mettre en garde contre la complexité du défi car, selon lui, il y a des victimes qui par la suite sont devenus des bourreaux

En vous confiant ce travail en 2011, vous et moi, étions tous conscients des obstacles auxquels vous seriez confrontés, mais aussi au manque de moyens, vu la situation de notre pays. Contrairement à l’Afrique du Sud, ce qui rend la recherche de la vérité difficile en Guinée, c’est que ceux qui ont été victimes ont été aussi des bourreaux. Il n’y a pas une seule famille où on ne trouve pas des victimes et des bourreaux

Poursuivant, il illustre cette complexité à travers les ex-détenus du camp Boiro

Si vous prenez le cas du camp Boiro, beaucoup de personnes ont été victimes. Et si vous prenez la deuxième République, beaucoup de ces personnes ou de ces familles sont devenues des bourreaux. Cela est systématique dans l’histoire de la Guinée. Donc, connaitre la vérité est extrêmement difficile, mais c’est une nécessité. Car l’histoire de notre pays est jalonnée de crimes et d’injustices. Cela, avant même l’indépendance. Ce qui rend le travail encore difficile, c’est que la Guinée est un pays de rumeurs, où ce sont les véritables criminels qui se victimisent. La Guinée ne peut pas se réconcilier si on ne dit pas la vérité. On peut ne pas oublier, mais pardonner. Mais pour pardonner, il faut que vous ayez la conscience qu’on vous rendu justice. Si nous voulons que la Guinée se réconcilie, il faut que nous disions toute la vérité sur la passé, que justice soit rendue afin qu’on se pardonne

Ibrahima Kindi BARRY

Ledjely.com